LA COURSE
En tant qu’organisateur de courses à la voile, le sport est au cœur de notre ADN. C’est la raison pour laquelle nous nous réunissons. Mais si ces courses existent, c’est aussi pour faire rêver, écrire de belles histoires et inspirer. Bien sûr, il n’y a pas que les courses autour du globe qui permettent de s’évader et de s’émerveiller. Il y a aussi les mots, les récits et les livres. Fidèle partenaire de Sea To See, Gallimard encourage chaque marin à écrire pour partager avec le plus grand nombre les émotions qu’ils ressentent en mer.
Bien qu’étant challengés sur l’eau, les marins de l’édition 2026 ont accepté de sortir leur plume pour écrire sur le thème : « La liberté a-t-elle un cap ? »
ARNAUD BOISSIÈRES
« Ah, liberté… si tu savais le mal que l’on te fait.
La liberté n’a pas de cap.
Elle n’a ni frontières, ni limites.
On naît libre, on meurt libre. Et entre les deux, les caps sont là pour nous guider à travers les océans de la vie.
À chacun le sien, mais la liberté, elle, n’en a pas.
Le meilleur cap est peut-être celui que l’on se fixe pour la rejoindre, pour s’en approcher.
La mer incarne cet espace de liberté infinie.
La terre, elle, nous propose des caps, riches de sens, pour nous orienter. »
Corentin Horeau
« Depuis que je fais du solitaire, on me demande souvent si j’ai peur. Honnêtement, pas vraiment de l’océan. Je le respecte énormément, il est imprévisible et puissant, mais on sait pourquoi on est là et on se prépare pour ces conditions. Ce qui me fait le plus peur, ce sont surtout les mauvais choix. Choisir le mauvais cap, au mauvais moment. En solitaire, chaque décision engage tout : le bateau, la trajectoire, la performance, parfois même la sécurité. Et surtout, il n’y a personne pour valider ou corriger. On est seul avec ses doutes, notamment au milieu de la nuit au moment de la bascule et qu’il faut décider vite. Avec les années, j’ai compris que cette liberté qu’on imagine en mer se construit en réalité avec beaucoup de travail, de rigueur et d’engagement. Aujourd’hui sur l’IMOCA MACSF, les moments où je me sens le plus libre sont souvent ceux où je suis le plus concentré, quand le bateau avance exactement comme je l’imaginais et que tout semble s’aligner. En mer, tenir son cap est essentiel. Pas seulement au sens nautique, mais aussi mentalement. Il faut garder sa direction malgré les courants, la fatigue, le doute et les choix différents des concurrents. Parce qu’au final, la liberté sans cap, c’est la dérive. «
SAM GOODCHILD
« La liberté est de choisir son cap.
Comme nous quand on part en mer, on est libre, mais on doit choisir notre cap.
Le cap de la stratégie sportive.
Le cap de la 1000 Race 2026.
Le cap de l’exploration vers de nouveaux horizons.
Le cap de Moitessier sur le tout premier tour du monde à la voile sans escale.
Ce cap de la liberté a le droit d’évoluer !
Oui, la liberté a un cap, plutôt la liberté est le luxe de choisir son cap. »
Nico D'Estais
« La liberté a-t-elle un cap ? » Mais peut elle en avoir un ? La liberté n’est-elle pas justement l’absence de consigne et la possibilité de choisir ? De ce point de vue, quel meilleur bac à sable que la mer pour jouer à “être libre” ? Au large, il n’y a pas de routes tracées, pas d’itinéraires imposés, pas de sens interdits. S’il y avait des panneaux, il n’y en aurait qu’un seul : “Toutes directions” (panneau dont la signification à terre m’échappera toujours, mais c’est une autre histoire…) La mer efface aussi nos différences, nos identités : on est qui on veut et face aux vagues on sera toujours l’égal de l’autre. La mer nous accueille aussi sans limite de temps. On y reste autant qu’on veut et on est toujours reinvité. Et bien sûr, la mer ne connait pas de limite. Derrière l’horizon il n’y aura toujours que plus de mer. Peut-il donc exister un meilleur terrain de jeu pour les Libres de monde ? Nos bateaux sont théoriquement capables de naviguer à l’infini : ils produisent leur énergie et dessalent leur eau.
Il faut pour cela « juste » composer avec le courant, les vagues, le vent. Le vent en particulier est plein de surprises, violent, cruel, parfois absent. On en sait quelque chose sur cette 1000 Race… Les vagues ont une énergie infinie et ne veulent jamais rien entendre, si bien que souvent elles ne sont même pas d’accord avec elle-mêmes. Le courant est probablement le paramètre le plus prévisible, mais il change inlassablement d’avis toutes les 6 heures, si bien qu’on on ne l’a jamais longtemps avec soi. Pour recharger nos batteries il faut soit du soleil, soit du vent pour avancer et faire tourner nos hydrogenerateurs. Il fait nuit la moitié du temps, nos bateaux n’avancent pas face au vent, et le vent arrière n’est pas efficace. Voyez comment il suffit que le vent commence à souffler et c’est déjà toute une palettes de caps possible qui disparaît en fumée ! C’est un terrible angle mort pour notre chère liberté. Il va sans dire que notre liberté est suspendue à l’intégrité de notre bateau, avec ce que cela comporte en risque. Tout cela commence bien mal… au final, cela fait beaucoup de contraintes pour nous autres apprenti-libres !
Dans cet océan infini de possibilités et de contraintes, par où commencer ? Pragmatiquement, rien que pour dérouler une voile il faut déja choisir entre le tribord amure et le bâbord amure. On n’a pas commencé à naviguer qu’il faut déjà renoncer à la moitié des champs possibles ! Manifestement il faut donc bien commencer par choisir un cap pour commencer à exercer sa liberté. La Terre étant ronde, l’éternel « Libre » qui ne veut pas choisir de cap se retrouvera mécaniquement, un jour, à son point de départ. Si on veut à tout prix être libre, on ne peut donc rien faire d’autre, c’est donc une occupation à temps plein, à l’exclusion de toutes les autres.
Mais être libre pour ne rien pouvoir faire d’autre, n’est ce dommage, si non, un non sens ? Avez vous déjà remarqué que personne n’est en mer indéfiniment ? En mer, on n’est que de passage. Sur leur cargo, leur chalutier, leur voilier, les gens vont toujours quelque part. Comme quoi, même dans l’endroit le plus libre du monde on parle donc pourtant d’une destination, d’un cap, d’un but. Nous coureurs au large sommes une espèce in peu à part sur l’eau. Fondamentalement nous ne servons à rien, nous sommes là pour jouer. Il y a donc des règles du jeu à suivre, au minimum un parcours. Et donc bien souvent nous ne choisissons pas vraiment où nous allons. Il n’y a qu’à voir sur cette course. Au Fastnet on nous a donné le Waypoint Guy Cotten. Au Waypoint Guy Cotten, le Waypoint Gallimard. Des ambassadeurs de la liberté téléguidés depuis la terre, imaginez un peu !
La vie peut ressembler étrangement à cela. C’est tragique mais nous ne sommes tous que de passage. Et malgré nos choix différents, nous avançons tous inéluctablement vers la même destination ultime, que nous n’avons pas non plus choisie. C’est peut-être cela qui rend la liberté la plus belle : nous ne choisissons pas où on va, seulement la manière d’y arriver. Et entre un point de départ et un point d’arrivée, n’en déplaise à Euclide, il n’y a pas une seule droite mais une infinité de trajectoires possibles, et aurant de façons de trouver chacun notre liberté. »
Violette Dorange
« Il était une fois une jeune fille qui rêvait de liberté. Pour elle, la mer représentait l’infini, le voyage à travers un univers vaste, sans frontières, où l’on pouvait vivre simplement et aller où bon nous semble. Alors un jour, elle largua les amarres et s’élança seule sur son voilier, persuadée qu’au milieu de l’océan, elle serait totalement libre. Mais très vite, elle comprit que même là, la liberté avait ses limites. Le vent ne soufflait pas toujours comme elle le voulait. Les vagues décidaient parfois pour elle. Et surtout, d’autres navigateurs, invisibles à l’horizon mais coriaces, avançaient eux aussi, cherchant à aller plus vite. Elle devait rester vigilante, dormir peu, s’occuper de son bateau, respecter des règles, traverser les tempêtes, affronter ses peurs et écouter son corps fatigué. Un soir, alors que le ciel se teintait d’orange et de rose elle se mit à rêver. Elle s’imagina quitter son bateau, s’élever dans les airs, voler au-dessus des océans et des terres, libre de toute contrainte. Plus de cap, plus d’effort, plus de fatigue. Juste exister, et faire ce qui lui plaît. Mais ce rêve, aussi beau soit-il, lui parut soudain étrange. Sans vent à apprivoiser, sans direction à suivre, sans concurrents, que resterait-il de son voyage ? Sans épreuves, que vaudraient ses souvenirs ? Alors elle regarda sa situation autrement, elle l’avait choisie. Les contraintes font parties du jeu et sont des repères. C’est elles qui donnent du sens à chaque geste, à chaque choix, à chaque mille parcouru. Elle pensa aussi à la terre, à ce marin qui l’attendait à l’arrivée. Était-ce une attache ? Peut-être. Mais c’était aussi ce qui faisait battre son cœur plus fort. Car être libre ne signifie pas être seule, mais être capable d’aimer sans renoncer à avancer. Et tandis qu’elle poursuivait sa route, elle se souvint que toutes les femmes n’avaient pas cette chance. Certaines, ailleurs dans le monde, ne pouvaient même pas choisir leur propre chemin. Alors elle serra la barre un peu plus fort, heureuse et fière de tracer le sien. Depuis ce jour, la jeune navigatrice comprit que la véritable liberté n’était pas de fuir toute contrainte, mais de choisir son cap et d’y rester fidèle. Car sur l’océan comme dans la vie, on n’est jamais totalement libre… mais on est toujours libre de décider où l’on va. »
Francesca Clapcich
Does freedom has a direction? In my opinion freedom doesn’t have a specific direction. The way we achieve freedom and how we can feel free have a direction tho, the way we make decisions, the way we respect others in these decisions, the way we setup the journey in our life to feel we are free. The beauty of freedom is exactly that… Lack of specific direction that allow us to feel at ease, happy, fullfilled and with the abilty to enjoy life at its fullest!
