La liberté a-t-elle un cap ?
La liberté a-t-elle un cap ? À l’occasion du passage du Waypoint Gallimard, nous avons posé une question aux skippers : « La liberté a-t-elle un cap ? » Bien qu’étant challengés sur l’eau, les marins ont accepté de se prêter à l’exercice et ont sorti leur plume. « Ah, liberté… si tu savais le mal que l’on te fait. La liberté n’a pas de cap. Elle n’a ni frontières, ni limites. On naît libre, on meurt libre. Et entre les deux, les caps sont là pour nous guider à travers les océans de la vie. À chacun le sien, mais la liberté, elle, n’en a pas. Le meilleur cap est peut-être celui que l’on se fixe pour la rejoindre, pour s’en approcher. La mer incarne cet espace de liberté infinie. La terre, elle, nous propose des caps, riches de sens, pour nous orienter. » Arnaud Boissières APRIL Marine Recherche co-Partenaire « La liberté est de choisir son cap. Comme nous quand on part en mer, on est libre, mais on doit choisir notre cap. Le cap de la stratégie sportive. Le cap de la 1000 Race 2026. Le cap de l’exploration vers de nouveaux horizons. Le cap de Moitessier sur le tout premier tour du monde à la voile sans escale. Ce cap de la liberté a le droit d’évoluer ! Oui, la liberté a un cap, plutôt la liberté est le luxe de choisir son cap. » Sam Goodchild MACIF Santé Prévoyance « Depuis que je fais du solitaire, on me demande souvent si j’ai peur. Honnêtement, pas vraiment de l’océan. Je le respecte énormément, il est imprévisible et puissant, mais on sait pourquoi on est là et on se prépare pour ces conditions. Ce qui me fait le plus peur, ce sont surtout les mauvais choix. Choisir le mauvais cap, au mauvais moment. En solitaire, chaque décision engage tout : le bateau, la trajectoire, la performance, parfois même la sécurité. Et surtout, il n’y a personne pour valider ou corriger. On est seul avec ses doutes, notamment au milieu de la nuit au moment de la bascule et qu’il faut décider vite. Avec les années, j’ai compris que cette liberté qu’on imagine en mer se construit en réalité avec beaucoup de travail, de rigueur et d’engagement. Aujourd’hui sur l’IMOCA MACSF, les moments où je me sens le plus libre sont souvent ceux où je suis le plus concentré, quand le bateau avance exactement comme je l’imaginais et que tout semble s’aligner. En mer, tenir son cap est essentiel. Pas seulement au sens nautique, mais aussi mentalement. Il faut garder sa direction malgré les courants, la fatigue, le doute et les choix différents des concurrents. Parce qu’au final, la liberté sans cap, c’est la dérive. » Corentin Horeau MACSF Does freedom has a direction? In my opinion freedom doesn’t have a specific direction. The way we achieve freedom and how we can feel free have a direction tho, the way we make decisions, the way we respect others in these decisions, the way we setup the journey in our life to feel we are free. The beauty of freedom is exactly that… Lack of specific direction that allow us to feel at ease, happy, fullfilled and with the abilty to enjoy life at its fullest! Francesca Clapcich 11th Hour Racing « La liberté a-t-elle un cap ? » Mais peut elle en avoir un ? La liberté n’est-elle pas justement l’absence de consigne et la possibilité de choisir ? De ce point de vue, quel meilleur bac à sable que la mer pour jouer à “être libre” ? Au large, il n’y a pas de routes tracées, pas d’itinéraires imposés, pas de sens interdits. S’il y avait des panneaux, il n’y en aurait qu’un seul : “Toutes directions” (panneau dont la signification à terre m’échappera toujours, mais c’est une autre histoire…) La mer efface aussi nos différences, nos identités : on est qui on veut et face aux vagues on sera toujours l’égal de l’autre. La mer nous accueille aussi sans limite de temps. On y reste autant qu’on veut et on est toujours reinvité. Et bien sûr, la mer ne connait pas de limite. Derrière l’horizon il n’y aura toujours que plus de mer. Peut-il donc exister un meilleur terrain de jeu pour les Libres de monde ? Nos bateaux sont théoriquement capables de naviguer à l’infini : ils produisent leur énergie et dessalent leur eau. Il faut pour cela « juste » composer avec le courant, les vagues, le vent. Le vent en particulier est plein de surprises, violent, cruel, parfois absent. On en sait quelque chose sur cette 1000 Race… Les vagues ont une énergie infinie et ne veulent jamais rien entendre, si bien que souvent elles ne sont même pas d’accord avec elle-mêmes. Le courant est probablement le paramètre le plus prévisible, mais il change inlassablement d’avis toutes les 6 heures, si bien qu’on on ne l’a jamais longtemps avec soi. Pour recharger nos batteries il faut soit du soleil, soit du vent pour avancer et faire tourner nos hydrogenerateurs. Il fait nuit la moitié du temps, nos bateaux n’avancent pas face au vent, et le vent arrière n’est pas efficace. Voyez comment il suffit que le vent commence à souffler et c’est déjà toute une palettes de caps possible qui disparaît en fumée ! C’est un terrible angle mort pour notre chère liberté. Il va sans dire que notre liberté est suspendue à l’intégrité de notre bateau, avec ce que cela comporte en risque. Tout cela commence bien mal… au final, cela fait beaucoup de contraintes pour nous autres apprenti-libres ! Dans cet océan infini de possibilités et de contraintes, par où commencer ? Pragmatiquement, rien que pour dérouler une voile il faut déja choisir entre le tribord amure et le bâbord amure. On n’a pas commencé à naviguer qu’il faut déjà renoncer à la moitié des champs possibles ! Manifestement il faut donc bien commencer par choisir un cap pour commencer à exercer sa liberté. La Terre
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